Armes anciennes Liège cette mal-aimée

lorsque l'on discute entre collectionneurs d'armes anciennes, il n'est pas rare d'entendre c'est de la "quincaillerie" Belge et pourtant très peu de collectionneurs connaissent la réalité de l'armurerie Belge, et Liégeoise en particulier, souvent caractérisée par le célèbre "E.L.G" dans un ovale.

1, Les origines de l'armurerie Liégeoise

On ne peut parler d'industrie armurière Belge avant 1830 puisque l'état Belge n'est pas antérieur a cette date mais . ..On parlera des Flandres et pour Liège de la principauté épiscopale. Elle fut rattachée au Saint Empire Germanique du Xeme jusqu'à la fin du XVII siècle pour devenir Française sous Napoléon .

L'époque gauloise et gallo-romaine dénotent déjà dans cette région du sud Belge, d'une activité métallurgique importante . le minerai se trouve sur place et la couverture forestière assure un combustible abondant et la fabrication des armes n'y est certainement pas absente.

Mais il faut attendre le Moyen Âge pour découvrir les premiers écrits relatifs à l'activité armurière . Les francs de Tournai qui étendirent, vers le V siècle, leur domination sur la gaule et la germanie importeront, avec la dynastie des carolingiens, une véritable maîtrise de l'art du métal de cette germanie. Leurs forgerons seront reconnus comme les meilleurs fabricants d'armes (blanche à l'époque) et elles seront connues de la Scandinavie jusqu'au frontière de l'Inde. Les arabes en étaient très friand.

Sous Charlemagne, ils se distingueront aussi dans la fabrication des cottes de mailles, patient assemblage de lamelles ou d'anneaux de fer. Leur réputation était telle que le prix d'une cotte pouvait atteindre 12 sous soit le prix de 6 boeufs . Dès le XIII siècle on voit apparaître sur les foires locales non seulement les armes défensives mais aussi les armes offensives de fabrication locale. Les grands du monde se font faire leurs armement et armures dans la région de Liège. Henri VIII y achètera et fera gravé par Paul Van Vrelant une armure vers 1515.

Liège est également connu a cette époque pour la puissance de son armement, Le Prince évêque avait en effet ordonné que les Liégeois citadins ou ruraux devaient disposer d'un équipement militaire personnel. celui-ci représentait un bien précieux qu'on léguait à ses proches .Le chef d'état Liégeois était considéré comme un seigneurs qui pouvait lever en un temps restreint un très grand nombre d'hommes en armes.

Je ne m'attarderai pas sur la fabrication d'armes blanches et d'armure dont Liège peut se prévaloir du XII jusqu'au XIX siècle pour me concentrer sur la fabrication des armes a feu.

La fabrication d'arme a feu apparaît très tôt dans la principauté Liégeoise. On parle vers 1350 de bouche à feu coulées en bronze et en fer forgé. La réputation de Liège à cette époque tiendra surtout des canons, des boulets, et de la poudre à canon.

En 1430, Philippe le Bon, Duc de Bourgogne engage à son service trois "faiseur de couleuvrines" provenant de la région : Georges Thibaut, Gérard Oudriet et Jean Detaille, prouvant ainsi la qualité de bon forgeron que l'on accordait aux artisans liégeois .

En 1520 le capitaine de cavalerie SÉBASTIEN, de Corbion, village Belge à l'Est de Bouillon, frontalier avec la France, met au point une arme à canon court, se tirant d'une seule main qu'il dénomma "Pistolet" et qui fut le prototype des armes d'arçon de la cavalerie et par extension a toutes les armes de poing .

Vers 1550 apparaît pour la première fois dans les textes de la région de Liège la platine à Rouet .

Apparaît en même temps le corporatisme. On en dénombre trente deux "Bon Métiers" correspondant à leurs spécialités respectives . Les "faiseurs de bois d'arquebuse" doivent faire partie des Charpentiers . Les "faiseurs de Canons " appartiennent au forgerons dit "Févres" . Les horlogers produisent les platines .

au début du XVII des entrepreneurs comme Bessche, les De Geer ou les Mariotte s'expatrieront avec des ouvriers vers la Suède, l'Allemagne, ect ... et la Flandre va dès lors cesser de produire des bouches à feu d'artillerie . La fabrication d'armes à feu portatives va connaître par contre un essor fulgurant. Liège commencera à partir de cette époque à livrer au monde entier des armes ou des pièces d'armes . et l'on peut dès lors trouver une arme signé d'un maître Allemand, Italien, Suisse, Hollandais, Espagnol, Portugais, Anglais, Français, fabriqué avec des éléments d'armes fournis par Liège (on ira même plus loin au XIX siècle ou l'armurier se contentera d'apposer son nom pour signer une pièce qu'il n'avait pas fabriqué). Liège fourni également, souvent indirectement,l'Afrique du nord, l'Inde, la Turquie, en armes de luxe gravées.

Les liégeois acquirent dans le domaine des armes a feu portatives une notoriété presque sans rivale du XVIIe au XIX siècle .

l'organisation particulière du travail armurier liégeois y est pour beaucoup. Il n'y a pratiquement pas d'armurier proprement dit mais des ouvriers qui s'adonnent à des taches répétitives à domicile dans des petits ateliers, souvent simple pièce équipé d'une baie vitrée, chacun produisant une pièce spécifique de l'aube au couché du soleil.

l'organisation en cascade commençait par le fabricant (qui ne fabriquait rien) mais prenait une commande d'un prince ou d'un pays.

Il confiait la fabrication des canons aux "Fèvres" (forgerons) qui réalisaient la soudure du canon

...........................................et qui confiaient ce dernier en sous-traitance aux

....................................................................................................................émouleurs,

....................................................................................................................puis aux foreurs

....................................................................................................................au banc d'épreuve

....................................................................................................................et enfin aux brunisseurs avant de le livrer aux garnisseurs

le Garnisseur lui aussi confiait en sous-traitance la réalisation de différents éléments

..........................................aux monteurs à bois

..........................................aux platineurs le mécanisme de mise à feu qui sous-traitaient eux aussi aux

..................................................................................................................................................... limeurs chaque pièce.

..........................................aux fondeurs qui sous-traitait aux ..........faiseurs de sous-garde

......................................................................................................faiseurs de baguette,

......................................................................................................ect... pour chaque pièce

..........................................aux faiseurs à bois la réalisation des crosses

..........................................aux graveurs, ciseleurs, damasquineurs, argenteurs, les pièces qui devaient subir ces spécialités

il n'y a pas de style particulier aux pièces produites à Liège car on travaillait "à l'oeil" c'est à dire en copiant sur un modèle confié par le "fabricant" le plus souvent suite à une demande d'un armurier ou d'une manufacture étrangère, sans calibre ni étalon . la première standardisation (toute relative) viendra avec la demande française de fabrication du modèle 1777 qui imposera une norme de réception. Cette dernière fit franchir à une grande partie de l'industrie armurière un seuil technologique . On dira à Liège pour qualifier un ouvrier de valeur "c'est un bon il a fait des 77" (en 1886 les fabricants d'armes réunis utilisaient encore le terme de "qualité 1777").

un mois après la prise de la bastille en France, c'est un marchant liégeois, Jean Gosuin, qui mobilisera une partie des ouvriers armuriers, leur donnera la cocarde nationale jaune et rouge et s'emparera de l'hôtel de ville le 18 août 1789. c'est la sédition des Liégeois et leur rattachement à la république Française le 9 thermidor AnII (27 juillet 1794) qui leur fit perdre leur neutralité. Liège souffrira de l'administration française imposant un contrôle sur les armes .

la fabrication était soumise à l'autorisation de "l'agence de vérification, de réception et de paiement des armes " (sous contrôle militaire) et les armes se trouvant chez les fabricants réquisitionnées. En 1797 l'exportation en sera simplement interdite. Liège produira durant cette période des pièces pour toutes les manufactures française et la manufacture impériale de Liège sera dirigée par Gosuin et son fils Jean-Jacques. Puis en 1804 elle fut racheté a l'insu du gouvernement français par Nicolas-Noel Boutet directeur de la manufacture de Versailles pour son fils Pierre-Nicolas .

Privé de ces débouchés les artisans liégeois vivaient misérablement et beaucoup accepteront d'aller travailler dans les manufactures d'états . devant le refus de l'empereur Napoléon Ier de rétablir la libre exportation d'armes "de luxe" (tout ce qui n'était pas militaire relevait du superflu et était dit de luxe ou de chasse) et de traite (armes destinées au marché du levant et de l'Afrique) treize fabricants se regroupent pour former la "société des treize" et obtiennent de cette façon quelques commandes de l'empire . On leur trouvera lors des livraisons tous les reproches possibles pour leurs refuser d'autres fabrication et maintenir la manufacture comme seule instrument de l'état .

En 1794, suite aux guerres de la Révolution française, l'armée impériale quitte la Principauté de Liège, ce qui entraîne l'exil du Prince-Evêque François Antoine de Méan, puis en 1795, la Convention décrète l'incorporation de la Principauté à la République Française, entraînant par la même sa disparition. Cette disparition sera entérinée en 1801 par le Concordat conclut entre Bonaparte et le Pape Pie VII.

Les armes dit de "luxe" ou de "traite" avait été exempté de banc d'épreuve à cette époque. Après 1810 les fabricants utilisaient ce vocable pour beaucoup de leurs modèles pour gagner les quelques sous qui leur permettaient de vendre un peu moins cher leurs production.

après 1815 Liège va surtout travailler aux armes dites "de luxe" c'est à dire celles destinées à la vie à l'occidentale. La variété des modèles et des système fabriqués est impossible à détailler.

Vers 1830-1840 Liège va "percussionner" c'est à dire que liège va transformer les armes à silex en arme à capsules de fulminate . la canonnerie va elle évoluer et l'on verra apparaître les plus beaux canons damas mais aussi les faux damas réalisés à l'acide sur un canon en fer ordinaire

vers 1850 apparait la fonte malléable et la fabrication en quantité industrielle des revolvers à broche et de poche .Et on ne verra plus la qualité que dans les armes longues et chez quelques fabricants sérieux une douzaine tout au plus mais capable de produire sous licence des "Colt", des "Adams", des "Lefaucheux", des Smith et Wesson" en quantités énormes sans parler des réalisations sans autorisation que l'on appellera "Copies" . Une place spéciale doit être faite à la production d'un pistolet à canons en faisceaux dit poivrière ou Mariette du nom de son inventeur armurier a Cheratte . Le contact avec la pointe de la technologie en matière d'arme à feu va développer l'esprit inventif des armuriers liégeois qui devint remarquable. Ils purent donner libre cours à leur ingéniosité en simplifiant, mélangeant divers système et ils en inventèrent beaucoup, même si ceux-ci eurent une vie éphémère .Les Comblain, Rissack, Marck, Decortis, Deprez, Ghaye, Colleye, Herman, Fagard, Desvigne, Simonis, Polain, Spirlet, Warnant, Pirotte, ect ect... en sont la preuve .

Liège sera aussi le centre mondiale de transformation des armes on y retrouvera toutes les armes militaires désuètes transformé en fusil de traite avec un système du type Snider ou de chasse par recalibrage type "Chassepot".

vers 1875 la machine outils va permettre de réaliser des armes de qualité à prix réduit

en 1900 apparurent les premiers pistolets semi-automatiques les Pieper ,Clément, Browning en 1912 un million des ces armes avaient été produites.

Le ou son modèle simplifié dit "vérin" est la représentation du Perron " Symbole des Liberté communales", le Perron dont I'histoire est aussi mouvementée que celle de la ville, trône sur la place du Marché, lieu de rencontre et de commerce traditionnel. I1 est I'une des deux fontaines de cette place chaleureuse et grouillante de vie .